Femmes
et éloignement professionnel
Le prix à payer
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Concilier vie familiale et vie professionnelle de façon convenable. Tel est le vœu, parfois inaccessible, de nombreuses femmes qui sont obligées de travailler loin de leurs foyers. Témoignages.
Elles sont médecins, enseignantes,… Elles ont réussi leurs carrières professionnelles mais au prix d’un éloignement familial et de nombreuses concessions. Pour elles, le dilemme qu’elles s’acharnent jour après jour à résoudre est bien celui d’allier carrière professionnelle et vie privée, surtout quand les enfants s’en mêlent.
Pour celles qui ont décidé de relever le défi, la détresse guette cependant. Elles sont d’ailleurs nombreuses à crier cette détresse, notamment via le net, à travers les forums de discussion.
«Je suis médecin spécialiste, femme mariée et maman aussi. J’ai dû malheureusement accepter d’être affectée très loin de chez moi car j’ai des engagements mensuels et que j’ai absolument besoin de mon salaire pour les régler… Quelques secondes après avoir signé mon contrat, je me suis rendue compte que j’ai commis une grave erreur. Mais j’ai tout de même rejoint mon poste dans une ville où je ne connais personne, abandonnant par la même occasion mon mari et mon fils que j’ai laissé aux soins d’une nounou. Je suis sous anxiolytiques depuis et je souffre énormément». Des témoignages, tout aussi poignants que celui-ci, sont malheureusement nombreux.
Déchirement
Il s’agit pourtant de femmes au métier prestigieux et dont on imagine la vie comme une succession de réussites. C’est loin d’être le cas pour bon nombre d’entre-elles qui vivent un véritable déchirement.
L’affaire des 101 médecins spécialistes a d’ailleurs largement remis cette question d’éloignement au devant de la scène. Depuis septembre dernier, ce groupe de médecins femmes livre en effet une bataille acharnée contre le ministère de la Santé. Et pour cause.
Ce sont des femmes mariées, pour la plupart mères de famille. Elles appartiennent à la promotion de 2007 et ont suivi différentes spécialités : dermatologie, cardiologie, médecine interne, psychiatrie, néphrologie, gastrologie... Elles ne refusent certes pas d’être affectées en régions mais demandent à ce que les postes les plus proches leurs soient octroyés en priorité.
Ce qui était le cas il y a encore un an. Elles étaient en effet affectées dans un rayon qui ne dépassait pas 120 kilomètres de leur lieu habituel de résidence, de telle sorte qu’elles puissent rester proches de leurs enfants et de leurs maris. Or, cette année, les choses se sont passées différemment. Dorénavant, elles sont traitées comme tous les médecins spécialistes, hommes ou femmes, mariés ou célibataires.
Le dos au mur
Une opération «affectations» a ainsi été conclue, ciblant essentiellement cette année les régions du Sud et de l’Oriental, et obligeant parfois ces médecins à intégrer des postes à plusieurs centaines kilomètres de leur domicile. C’est le cas de ce médecin dont le mari et les enfants vivent à Oujda et qui s’est retrouvée affectée à Laâyoune, à 2000 km de son foyer conjugal.
Depuis cette opération d’affectations, plusieurs sit-in de protestation ont été organisés devant le ministère de la santé. Mais rien n’y change. Un certain nombre de ces médecins ont certes fini par rejoindre leurs postes. La plupart pour des raisons matérielles puisque le ministère a décidé de leur couper les vivres en suspendant le paiement de leurs émoluments. Elles sont pour la plupart dans un état psychologique dramatique et parfois en dépression.
Reste actuellement une quarantaine à camper sur leur décision de refuser leurs affectations. Ces médecins, qui ont étudié parfois pendant quatorze années à l’issue du baccalauréat, ne veulent pas être mises le dos au mur et se voir forcées de choisir entre leur travail et leur famille. Ce n’est pas par refus de servir leur pays, comme elles tiennent d’ailleurs toutes à le préciser, mais tout simplement parce qu’elles ont fait le choix de ne pas abandonner leurs enfants, parfois en très bas âge.
Les enseignantes aussi
Un autre métier, tout aussi noble mais qui, conjugué au féminin génère souvent éloignement et déchirement de la cellule familiale. Il s’agit du métier d’enseignante. Pour un très grand nombre d’entre elles, le passage par la case du rural est presque systématique. Elles sont ainsi obligées de supporter l’éloignement de leurs familles et de leurs enfants. Elles attendent généralement les vacances scolaires pour pouvoir regagner leur domicile conjugal. Et pour les plus chanceuses, elles effectuent des allers-retours quotidiens, sinon hebdomadaires, entre leur lieu de travail et leur domicile. «J’enseigne dans une petite localité à quelques kilomètres de Beni Mellal et je dois, chaque week-end, rentrer voir mon mari et ma petite fille à Salé. Cela fait six ans que ça dure. Heureusement que j’ai un mari compréhensif et une mère disponible qui a bien voulu s’occuper de ma fille», raconte cette enseignante qui prie chaque année pour qu’elle soit enfin délivrée de cette souffrance. Bien d’autres espèrent d’ailleurs toujours, après une attente de quinze années et plus, obtenir leur mutation. Toutes sont fatiguées par tant d’années passées loin des leurs.
Rien d’étonnant dans de telles conditions à ce que certaines femmes soient condamnées à laisser tomber leur travail pour garder leurs enfants et sauvegarder par la même occasion un équilibre, parfois fragile, de leur vie familiale. Elles sont ainsi obligées de payer le plus lourd tribut en terme d’emploi et de carrière professionnelle pour préserver leur vie de famille. |
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