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Bébé arrive !
Si une naissance est toujours accueillie avec de grands cris de joie, les semaines et les mois qui suivent cet heureux événement nécessitent un réel réajustement au sein du couple. Précisions…

Baby-blues, baby-clash, ces termes utilisés par les psychologues sont inquiétants et nécessitent que l’on se penche sur la question. Un enfant désiré, attendu, peut-il devenir un danger pour le couple ?
Nous avons soumis la question au médecin et sexologue Amal Chabach qui exerce à Casablanca. “Un enfant n’est pas un problème en soi, précise-t-elle, mais il intervient dans un contexte défini et la conception relationnelle du couple se voit forcément modifiée. Ce n’est plus une vie à deux mais bien une vie à trois qui s’organise alors c’est forcément une nouvelle donne pour les partenaires. L’arrivée de ce petit être introduit de nouvelles projections dans le couple. En effet, ce n’est plus une relation entre un homme et une femme, mais bien entre un père et une mère qui se met en place.” Autrement dit, il n’est rien d’alarmant au fait que l’ordre pré-établi soit un peu bousculé le temps de poser de nouveaux repères. Même pour les couples très unis, la chose est, semble-t-il, inévitable.

Un grand bouleversement
Pas étonnant, quand bébé arrive, qu’il devienne le centre du monde. Quand, de surcroît,  il s’agit du premier enfant, on craint tellement de ne pas être à la hauteur et de ne pas savoir accomplir tous ces gestes pratiques nouveaux que l’on passe son temps à essayer de bien faire. Si le temps passe vite, entre les couches et les biberons, la fatigue, quant à elle s’accumule sans que l’on s’en rende bien compte. Besoin de faire connaissance avec le bébé qui demande tant, besoin aussi de se réconcilier avec un corps quelque peu déformé par la grossesse et de laisser cicatriser la douloureuse plaie de la césarienne, si césarienne il y a eu… la jeune maman est débordée, dépassée, et souvent dans un état d’épuisement total. Le temps habituellement consacré à soi et au couple devient accaparé par ce tout petit qui empiète sur les rythmes habituels.
Dans ces circonstances, le couple est le plus naturellement du monde mis entre parenthèses, une parenthèse qui dure quelques mois et qui parfois est terriblement houleuse.
A cette réalité, s’ajoute la chute des hormones qui font avec elles, chuter la plupart du temps tout désir sexuel chez la femme.
Saignements, seins douloureux, corps encore bouffi, manque de sommeil ; pour les jeunes mamans, l’heure n’est absolument pas aux envies de câlins qui se voient relégués aux oubliettes.
De toutes manières, comment faire avec bébé dans le lit, et dix réveils par nuits pour donner le sein ou le biberon ? Nora et Mourad, trente ans, peuvent sourire aujourd’hui en se remémorant cette phase de leur existence commune. L’arrivée de leur fille a été un vrai chamboulement. Eux qui pensaient leur couple très solide ont été mis à l’épreuve. “ J’étais heureuse, évidemment, mais tellement dépassée par ce nouveau rôle. Moi qui jusque-là avait été une femme active, je passais mes journée à la maison, à répéter les mêmes gestes : couches, biberons, bercement,… Mon mari et moi, on se croisait. A cause de son rythme de travail, il dormait dans la chambre d’amis. Bref, nous n’avions plus aucune vie de couple. Et si par hasard il nous arrivait de nous retrouver en tête-à-tête, c’était pour parler de la petite.”. Mourad, lui, se souvient de ses retours à la maison après le travail, une maison où il ne retrouvait pas sa femme trop prise par l’enfant pour lui consacrer du temps, où il dormait dans un autre lit pour pouvoir faire face à la longue journée du lendemain.
“Je me sentais complètement à l’écart, pas du tout à l’aise dans mon rôle de père. Je ne savais pas trop comment m’y prendre et Nora couvait tellement la petite que je ne pouvais rien faire de toutes façons. Ma belle-mère, venue en renfort, était toujours là. Tout cela sans compter que je me sentais frustré sexuellement !”
Ce qui a sauvé leur couple, c’est de savoir que cette phase, pleine de bonheur et de perturbation, n’était que transitoire. Repoussés pour un temps, les petits déjeuners préparés avec amour, les dîners aux chandelles, sorties entre copains, grasse matinée et confidences sur l’oreiller… pour un temps seulement.
Ne pas se perdre de vue
Les couples sont prévenus aujourd’hui, grâce aux médias, des moments de crise qu’ils traverseront. A la télévision et dans les magazines, reviennent comme un leitmotiv les mises en garde. Certains médecins n’hésitent pas à parler à leurs patientes juste avant qu’elles n’accouchent, des moments de grande fatigue qu’elles traverseront, du bouleversement qui aura lieu et d’un logique éloignement des partenaires. Ce qui sauve nombreux mariages, c’est d’être avertis et d’anticiper du mieux possible ce passage délicat à l’état parental. Le baby-blues et la dépression post-partum ne sont pas des mythes et les femmes averties ont quasiment toutes entendu parler de ces phénomènes. Entre amies, on se raconte comment on a fait face. Dans cette nouvelle vie où l’enfant arrive comme un cadeau du ciel, faisant exploser des ondes d’amour, il faut veiller à ne pas mettre son couple en péril. Beaucoup trop de parents ne vivent plus qu’à travers leur enfant.
Devenir parents n’est pas, en définitive, si naturel. C’est un apprentissage de chaque jour fait à deux, main dans la main. Sans jamais se perdre de vue. A un enfant qui naît, on doit donner une place dans le couple qui devient de ce fait famille, et apprendre à évoluer à trois, puis à quatre c’est selon. Mais la notion de famille n’a de sens que si les parents sont encore un couple. Et c’est d’ailleurs cette relation d’amour des deux parents qui permettra aux enfants de s’épanouir véritablement. Karima, 24 ans et déjà maman d’une petite Sarah, a frôlé la catastrophe. “Quand ma fille est née, raconte-t-elle, j’avais tellement envie d’être une bonne mère, j’avais tellement de choses à prouver à mon mari, mes parents et ma belle-famille, que je ne me suis plus consacrée qu’à mon enfant. Je croyais bien faire, mais j’en faisais trop ; et puis je me suis réveillée un matin et je me suis sentie très seule. Sarah était née depuis six mois et mon mari et moi nous étions beaucoup éloignés : nous n’avions quasiment pas eu de rapports sexuels depuis l’accouchement et nous ne parlions plus. Je me suis confiée à ma mère qui m’a assuré que selon elle j’étais une très bonne mère mais que je devais aussi être une épouse. Ça a été une vraie révélation.” Elle raconte le chemin qu’il a fallu parcourir de nouveau pour retrouver de la complicité et des moments d’intimité avec un mari qui avait pris de la distance et qui souffrait beaucoup. “Ma mère s’est occupée de mon enfant pendant un week-end et nous, nous  sommes allés en amoureux à Marrakech. J’ai réalisé combien j’avais délaissé mon couple. A mon retour, j’avais défini une nouvelle ligne de conduite : reprendre mon travail à mi-temps, perdre quelques kilos, consacrer du temps à mon couple, sortir en amoureux tous les jeudis soirs. Ça nous a sauvés à temps.”

Une vie à trois
Au début de son existence, l’enfant demande énormément et il est difficile pour la mère comme pour lui de ne pas être en fusion.
Néanmoins, dès l’âge de trois ou quatre mois, quand les coliques disparaissent et que le bébé commence à faire ses nuits, on peut envisager la vie autrement.
Pour que les parents aient aussi une vie à deux et que leur intimité soit préservée, il est peut-être temps de placer le bébé dans sa chambre si l’espace le permet.
Le baby-phone donne l’avantage d’être moins inquiets tout en ayant une certaine indépendance. Pourquoi donc ne pas reprendre les habitudes initiales de dormir avec son époux dans le même lit tout en étant rattaché à bébé par ce simple appareil ? La première nuit peut être un peu difficile – souvent elle l’est davantage pour la mère que l’enfant – mais on s’adapte à ces nouvelles habitudes plus rapidement qu’on ne le croit. Et c’est cela de gagné au vu des témoignages d’enfants ne voulant pas quitter la chambre de leurs parents à deux ou trois ans !
Pour préserver l’harmonie de leur couple, certains n’hésitent pas à solliciter les grands-parents qui font avec plaisir office de “nounous” de temps en temps. Ces instants volés sont l’occasion d’une sortie au restaurant, au cinéma ou chez des amis. L’essentiel est de pouvoir se réserver des moments précieux, partager des activités communes, échanger de l’affection, ou encore se confier ses craintes et ses angoisses. La quantité de ces “rencontres amoureuses” étant rares, il est important d’en privilégier la qualité et de les vivre à fond ! Coucher l’enfant avant que le père ne rentre une à deux fois par semaine permet d’organiser une soirée sous le thème du romantisme, et pour cela, Mesdames, n’hésitez pas à faire travailler votre imagination ! En définitive, il ne faut surtout pas se laisser à penser, nostalgique, que le couple ne peut plus avoir de place dans cette histoire qui commence. Certes, ce ne sera jamais comme avant : un événement énorme vient de se produire pour vous et votre homme : vous avez eu un enfant ! Souvent, c’est un rêve qui se réalise même s’il n’est pas pour autant tout rose comme on pouvait l’imaginer parce qu’à un enfant, on donne de son temps, de son amour, mais aussi beaucoup de soi. N’en délaissez pas pour autant votre couple. Soigner son apparence, être tendre et amoureuse, rassurer l’autre sur la façon dont il est devenu parent, être présent et savoir exprimer ces sentiments nouveaux sont autant de manières de préserver son nid d’amour. S’il arrive qu’un bébé éloigne les partenaires l’un de l’autre, il a aussi la capacité de les engager plus solennellement dans un projet fort et de construire avec eux les bases solides d’une famille.

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