Suivre les pas de son père est ce qui pouvait arriver de mieux à bon nombre de personnes. Travailler en famille s’avère, en fait, pour beaucoup, une évidence, pour certains, une opportunité, et pour de rares personnes, un lourd héritage dans lequel ils devront s’investir dès leur jeune âge. Entreprendre est en soi un acte courageux. Entreprendre en famille est plus rassurant car, “l’avenir étant insécurisant, il faut se mettre à plusieurs pour pouvoir réussir, d’où l’idée de se réunir au sein d’une cellule familiale”, explique Mustapha Abou Malik, sociologue. Une flamme, du talent et le goût du projet collectif. Voilà ce qu’il faut pour se mettre dans une logique de pérennisation.
Et qui dit pérennisation, dit faire durer et donc logique fondamentale de l’entreprise. Et quand l’entreprise est de surcroît une structure qui réunit les membres d’une même famille, la volonté de faire en sorte que cela continue n’est que plus féroce. Entreprendre par contagion, c’est être en symbiose avec son prédécesseur, c’est hériter de cet amour pour cette entreprise, de cette abnégation personnelle au profit de la cause commune, au service d’un leadership, d’une culture dynamique et collective, et comme l’a si bien conclu le sociologue Mustapha Abou Malik, au service d’une puissance, celle du nom. Dans notre pays, la culture de l’entreprise familiale a toujours prévalu et ce, depuis plusieurs générations. Pour preuve, ce sont toutes ces Success Story que l’on connaît et qui représentent aujourd’hui une part importante de notre tissu économique.
“Des mythiques Aït aux grandes familles commerçantes de Fès, le noyau dur a toujours été la famille, et tout autour, l’on a continué à recruter jusqu’à une date récente des personnes originaires de la même région”, avance Abou Malik.
C’est dire l’importance du fait de s’investir dans un projet familial, d’avoir sa part de responsabilité dans ce schéma.
Sans citer les grands noms des affaires au Maroc, voici quelques exemples de projets montés en famille.
J.M. suites Hôtel, vocation double
C’est au cœur du boulevard Rachidi que Hassan Joundy et sa sœur Kenza ont décidé d’implanter leur projet.
Cette bâtisse à l’architecture très épurée qui vous frappe par son modernisme au beau milieu de vieux immeubles Art Déco sans pour autant faire tâche, est J.M.suites Hôtel.
Un concept pionnier au Maroc. Un établissement aux consonances multiples.
À la fois boutique-hôtel, appart-hôtel, J.M.suites propose uniquement des suites avec des prestations adaptées à tous les besoins de tous les types de voyageurs.
En créant un hôtel design, Hassan Joundy entendait s’essayer à un autre genre d’établissements hôteliers que ceux conventionnels. Élégance sobre, matériaux modernes, lignes tranchantes et épurées, papiers peints et motifs jazzy, toiles d’artistes exposées, mais aussi un service irréprochable et une clientèle ciblée : des hommes d’affaires, des consultants venus à Casablanca pour une longue durée. Pour appâter une telle clientèle, les associés n’ont pas lésiné sur les moyens. Spa avec fitness, sauna, hammam, business center, parquet en bois massif…
A un an de son ouverture, et au vu des résultats réalisés, l’affaire semble avoir de beaux jours devant elle. Rien qui puisse étonner Hassan et Kenza, habitués à relever les challenges. En effet, J.M. suites n’est pas la première affaire que le frère et la sœur montent ensemble. En 2003 déjà, ils créaient Performance Events, une combinaison d’une longue expérience de Kenza dans le milieu du voyage et des compétences administratives et opérationnelles de Hassan.
Axée essentiellement sur les “Team Building” et sur le tourisme sportif, leur agence de voyages tout comme l’hôtel, a le mérite de développer un concept original. Si pour la concrétisation d’un rêve portant le nom de J.M.suites Hôtel, Hassan Joundy a fait appel, en plus de sa sœur, à des partenaires, il n’en reste pas moins qu’à eux deux, ils ont réussi à pérenniser Performance Events.
Le secret ? “La confiance que nous avons l’un en l’autre. Il en découle une grande flexibilité et dans le comportement et dans le travail”, nous confient les associés. Lorsque les temps sont durs, on se serre les coudes, chacun y met du sien pour faire en sorte que l'affaire marche. Et lorsque l'on commence à faire du gain, nous décuplons nos efforts pour le fructifier », nous confient les associés.
Bijouterie Joaillerie El Harragui,
père et fils
Loin du glamour du quartier Rachidi, la Famille El Harragui a choisi El Oulfa pour tailler ses diamants. Rien ne laisse présager que cette bâtisse qui ne paie pas de mine au beau milieu d’un lotissement à usage d’habitation puisse abriter un atelier de fabrication de bijoux très haut de gamme, avec tout ce que cela s’en suit comme installations et appareils de haute performance dont la vocation n’est autre que celle de nous faire rêver. C’est en rentrant dans le bureau de Lhaj El Bouazzaoui El Harragui que l’on réalise enfin que l’on se trouve dans une bijouterie, grâce à un bracelet en or jaune serti d’émeraudes et quelques autres articles traditionnels dont le maître des lieux décore amoureusement son espace de travail. C’est avec les yeux qui brillent d’un enfant que ce père de famille nous parle de sa passion. “J’ai commencé dans le milieu de la bijouterie dans les années 70. J’ai choisi la fantaisie alors même qu’à l’époque, ce domaine était complètement monopolisé par les produits d’importation”. Cela ne sera pas la dernière aventure de ce vétéran car, de la bijouterie fantaisie à la joaillerie, il ne fera qu’un pas ; celui de la ruée vers l’or. En 1984, Lhaj El Harragui investit le milieu de l’or. Ses ambitions grandissantes et ses cinq garçons aussi, il décide de réitérer l’aventure, mais cette fois-ci à plus grande échelle. Son intérêt pour les pierres précieuses devient alors une évidence. “Je me suis posé la question : pourquoi les européens et les asiatiques et pas nous ?”, nous confie le fondateur de Bijouterie El Harragui. Sa volonté n’a pas de limites, lui qui se dit limité par sa méconnaissance des langues étrangères. Et c’est en son fils Abdelilah qu’il mettra tous ses espoirs, étudiant alors à Paris. Ils feront ensemble le tour des entreprises de joaillerie et de bijouteries en Europe, jusqu’à ce qu’ils trouvent un expert qu’ils inviteront au Maroc pour enseigner son savoir aux frères El Harragui et à leurs employés. Un art importé pour lequel Mohamed, Salaheddine, Abdelilah, Saïd et Rachid se prendront de passion. “Nous avons été, dès notre jeune âge, très sensibles à ce que faisait notre père. Son dévouement pour son travail nous a donné envie de continuer dans la même voie”, témoigne Salaheddine El Harragui. Uniques tailleurs de pierres précieuses dans notre pays, créateurs, fabricants et restaurateurs de bijoux, les El Harragui restent aujourd’hui, un modèle de succès pour les entreprises familiales. Deux générations de Bijoutiers joailliers, cinq profils différents, mais le même amour pour le travail bien fait les anime. “Je remercie Dieu d’avoir fait que mes enfants aient suivi ma voie. Cela a permis que cette affaire se développe et se fasse cette renommée que nous avons ici et même à l’étranger”, conclut Lhaj El Bouazzaoui El Harragui.
Monsieur Brochette,
toujours avec goût
Toujours avec goût… depuis 1957. De la viande, des épices, du feu et un bon zeste de Baraka. Il n’en fallait pas plus à Monsieur Ahmed Boulagjam alias Monsieur Brochette pour réussir. Un succès dont il avait planté le décor dans les années 50 déjà, au quartier Bournazil où il a commencé et que la clientèle du C.A.F confortera à partir de 1961. Une qualité irréprochable, un goût exquis et un sourire qu’on imagine éternel. Monsieur Ahmed Boulagjam est aussi un homme doté d’un sérieux sens du relationnel. Les sandwiches qu’il prépare pour les boulistes du Club lui valent le surnom de “Monsieur Brochette” mais surtout l’amour d’une clientèle qui ne venait que pour déguster ses grillades. Le concept est trouvé. Son fils qui l’a assisté depuis toujours, décide en 2005 d’ouvrir un établissement de restauration rapide. Le Monsieur Brochette que l’on connaît est né. Un premier restaurant ouvre ses portes au centre ville de Casablanca. Son succès est certain. Mohamed Boulagjam a bien fait d’ouvrir cette brèche encore peu exploitée dans notre pays. Il s’agit de créer des lieux où il retrouverait cette ambiance familiale du C.A.F qui lui est si chère. Un super rapport qualité/prix aidant, l’enseigne fait vite des petits : deux autres restaurants à Casablanca. Les grillades constituent toujours l’essentiel du menu, composé de plus de 17 spécialités, toutes cuisinées au barbecue et servies en sandwiches ou en plat. Un restaurant est ouvert à Rabat, puis un autre à Tanger. L’enseigne propose même un service de traiteur pour l’organisation d’anniversaires et soirées en famille. Mais si pour Mohamed, fils unique de Monsieur Ahmed Boulagjam, pérenniser le savoir acquis au fil des années par son père était une évidence, le fils prodige en est tout de même pour beaucoup dans la création d’un concept aussi porteur.
En tous les cas, tous les deux se rejoignent dans l’idée selon laquelle : “le seul patron qui soit, c’est bien le client puisque c’est lui qui nous paie !”. Demandez leur avis à leurs employés, ils confirmeront.