Autres titres
SOCIETE :
Incendie de l’usine “Rosamor”
la douleur persiste
Le bilan de l’incendie de l’usine de matelas “Rosamor” à Lissasfa (Casablanca) est lourd : 55 morts et une douzaine de blessés. Lourdes aussi sont les séquelles chez les familles des victimes. En effet, et plusieurs semaines après le drame,
la douleur persiste. Témoignages.

Le 14 mai, à 13h, la salle 8 du tribunal de première instance de Casablanca était archicomble. Et pour cause ! L’affaire de l’incendie de l’usine “Rosamor” devait être examinée.
Familles des victimes et des blessés, certains rescapés et plus d’une vingtaine d’avocats étaient présents.
Le deuil, la douleur, l’amertume, l’impuissance et l’attente se lisaient sur tous les visages. Les blessures de cette tragédie qui avait secoué Casablanca le 29 avril dernier et qui avait fait 55 morts et 12 blessés (selon le bilan officiel) étaient toujours vives.
Tous ressassaient encore et encore les péripéties de cette terrible journée, qui les marquerait à tout jamais.
D’après les rescapés, l’incendie s’est déclenché vers 10h du matin et s’est rapidement propagé dans l’immeuble de 4 étages bloquant ainsi les employés dans les étages supérieurs.
Les témoins affirment que le feu s’est déclenché dans les étages inférieurs de l’usine.
Les flammes ont pris rapidement, notamment à cause des matériaux utilisés dans l’usine. Celle-ci est en effet spécialisée dans la fabrication de matelas à base de bois, de mousse, d’éponge et de tissus. Plusieurs ouvriers n’ont pas pu s’échapper à cause des grillages posés aux fenêtres.
Le toit de l’immeuble, utilisé comme atelier de travail, était bloqué par des tôles de fer. Les ouvriers se sont ainsi retrouvés emprisonnés, sans aucune issue possible.
Entre-temps, des bénévoles ont creusé un trou dans le mur de l’usine pour sortir les employés.
 
55 corps calcinés
C’était malheureusement trop tard, pompiers et bénévoles n’ont réussi à évacuer que des cadavres calcinés.
Un à un, à travers le trou creusé, les corps calcinés étaient extraits de l’usine par les pompiers, puis recouverts d’un drap blanc et alignés sur le toit de l’immeuble voisin. Pour ceux qui ont assisté, impuissants, à la scène, la douleur fut plus qu’insoutenable.
Mais au-delà du retard et du sous-équipement des équipes de la Protection civile, qui ont mis trois heures pour venir à bout du feu, l’incendie de Lissasfa a révélé les innombrables failles sécuritaires cumulées par l’usine “Rosamor”.
Le propriétaire de la société et son fils, gérant de ladite société, sont d’ailleurs poursuivis pour “absence des conditions et des équipements de sécurité nécessaires à la préservation de la vie des salariés, homicide et blessures involontaires et non-assistance à personnes en danger”.
Une troisième personne est également poursuivie dans ce procès “pour incendie involontaire de biens immobiliers et biens meubles causant la mort de plus d’une personne et blessant d’autres”.
Un communiqué du Parquet général avait précisé que les investigations menées par la police judiciaire ont montré que l’incendie est dû à un mégot jeté inconsciemment, au milieu des produits inflammables.
La même source avait indiqué que le grand nombre de victimes de ce sinistre s’explique par un ensemble de violations des dispositions des codes du travail et de l’urbanisme, dont sont responsables le propriétaire et le gérant de la société.
Les avocats de la défense sont au nombre de vingt personnes.
Rappelons qu’un comité de solidarité et de défense des victimes, regroupant des avocats, des médecins et des militants pour les droits humains, a été créé le 26 avril, suite à une initiative de l’Association marocaine des droits de l’Homme.
Ce comité a pour mission de soutenir les familles des victimes, de lancer un appel à une enquête transparente et approfondie sur les causes de ce sinistre ainsi que d’offrir un soutien psychique et physique, aux familles des victimes, aux blessés ainsi qu’aux rescapés. Par ailleurs, et dès après l’incendie, le Parquet avait annoncé l’ouverture d’une enquête et SM le Roi Mohammed VI avait nommé une commission interministérielle.

 Indemnisations pour les familles des victimes

 Afin de faire face aux conséquences du drame de l’usine “Rosamor”, les familles des victimes ont d’ores et déjà bénéficié d’un don royal. SM le Roi avait auparavant décidé la prise en charge des frais d’hospitalisation, des soins médicaux des blessés et ceux relatifs à l’enterrement des victimes. La Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) a pour sa part remis, vendredi 2 mai, les allocations décès d'un montant unitaire de 9250 dirhams aux ayants droit de 19 victimes. AXA Assurance Maroc a par ailleurs mis en place une procédure exceptionnelle pour l’indemnisation des victimes de l’incendie. «Cette procédure consiste en la mise en place d’une cellule d’appui et d’un numéro vert, le 080001212. Composée de responsables des services accidents du travail et décès, la cellule d’appui a pour mission d’anticiper sur le traitement des dossiers», selon un communiqué d’Axa Assurance Maroc. Rappelons cependant que pour la majorité des familles des victimes, les seules indemnités qui vaillent seront judiciaires. Ils espèrent en outre que la justice fera la lumière sur ce drame qui les a endeuillées et qu’elle sanctionne tous ceux qui ont une responsabilité dans l’incendie.

Envie de COMMUNIQUER
Nos Tarifs de PUB
Consultez nos tarifs de publicité sur nos supports: