Les enfants s’en vont…
“”Vos enfants ne sont pas vos enfants. Ils sont les fils et les filles de l'appel de la Vie à elle-même, ils viennent à travers vous mais non de vous. Et bien qu'ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas.” Ces mots plein de sagesse de Khalil Gibran semble s’adresser aux parents restés seuls après le départ des enfants. Eclairage sur des instants douloureux…
Il était naturel d’entendre les cris et les rires des enfants et de se rassembler à la grande table familiale. Il était normal de trouver sur les marches de l’escalier, des chaussettes oubliées, et de s’énerver chaque matin pour un tube de dentifrice mal refermé. Normal aussi de se confier, en fin de journée, à des yeux attentifs qui racontaient à leur tour, des problèmes adolescents. Et voilà que tout vole en éclat. Le nid se vide, c’est dans l’ordre des choses. Les enfants s’en vont à tour de rôle pour vivre leur vie. Un mariage, un départ pour des études à l’étranger ou encore un déménagement pour être plus près de leur lieu de travail les éloignent. Les parents avaient conscience de ce jour à venir, mais d’une manière abstraite et confuse. Ils pensaient pouvoir se réjouir d’avoir accompli leur rôle et de voir leur progéniture devenir adulte et vouloir voler de ses propres ailes. Mais voilà que contre toute attente, ils sont envahis par un immense sentiment de tristesse, d’abandon et d’inutilité. Le syndrome du nid vide a frappé, et dans cette histoire d’amour, on laisse forcément quelques plumes… La fin d’un équilibre Lorsque les enfants sont petits, on apprécie qu’une sœur ou une mère propose de les garder un après-midi ou une nuit. Du temps pour soi, on n’en a pas beaucoup. Il est naturel de faire passer après leurs envies et leurs besoins, ses rêves de week-end en amoureux ou d’après-midi shopping. Et l’on se dit qu’une fois eux devenus grands et indépendants, on s’occupera de soi. Malika, 53 ans, s’est consacrée à ses trois filles vingt-cinq ans durant. “Je les ai mises au centre de ma vie. Je voulais qu’elles ne manquent de rien et qu’elles soient heureuses. Aussi, j’ai démissionné avec la naissance de la première. Avec mon mari, on pouvait se le permettre. Lui souvent absent, il valait mieux que je sois entièrement disponible. Je me disais souvent que quand elles partiraient pour leurs études, je reprendrais une vie active ou me lancerais dans le bénévolat. J’ai bien vécu le départ de l’aînée, mais quand les jumelles sont parties en même temps à l’étranger je me suis sentie tombée dans un vide immense.” S’en est suivie une dépression qui faisait écho à un sentiment d’inexistence et de culpabilité du fait de ne pas pouvoir se réjouir de la réussite de ses enfants. “Je me sentais égoïste. Mon mari l’a très mal vécu aussi mais lui s’est refermé sur le travail tandis que moi, je tournais en rond dans la maison.” Le départ d’un enfant, même préparé, est un choc pour les parents qui voient s’achever une étape de leur vie. Le départ des enfants coïncide avec un tournant de leur existence personnelle puisque, cinquantenaires ou sexagénaires, ils entament leur retraite et sont donc écartés en quelques sortes de la vie sociale. Par ailleurs, c’est à cet âge que commence à décliner leur sexualité et leur force et ils entament la seconde partie de leur vie. “Qu’est-ce qui nous attend ? souligne Rita, 57 ans. Ce n’est pas le syndrome du nid vide qui est le plus effrayant, mais la vie qui se vide, et nous avec.” Aussi, pour ne pas sombrer dans ce mal-être peut-être est-il bon de se préparer à cette réalité quelques années avant. Pour soi et pour le couple. Quand, pendant vingt ans, on a déversé sur son enfant tout son amour, son attention et son temps, quoi de plus naturel que de se sentir perdu, lorsque celui-ci devient adulte et referme la porte de la maison derrière lui? Pourtant, le départ du foyer n’est rien d’autre que la suite logique de l’éducation transmise. Plusieurs séparations ont jalonné cette existence. La naissance, l’entrée à la crèche, à l’école puis au lycée, les colonies de vacances étaient déjà le début de cette autonomie vers laquelle les parents se doivent de conduire leur progéniture. Seulement voilà : elles ne symbolisaient pas la fin d’une époque. Lorsque l’instant arrive d’aider les enfants à faire leurs valises pour un choix d’indépendance, l’amertume est à l’ordre du jour. Prévenus, certains parents décident d’anticiper le pire. C’est ce dont témoigne Hayat 45 ans : “Quand mes enfants ont été suffisamment grands pour avoir leurs propres activités, c’est-à-dire vers 15 ans, je me suis moi-même reprise en main. Je me suis inscrite au sport et me suis autorisée quelques sorties avec mon mari, juste lui et moi : petits voyages, restaurants, soirées chez des amis,… Ce n’était pas du tout de la démission vis-à-vis de nos enfants qui eux aussi avaient besoin d’être un peu seuls et tranquilles, mais nous avions envie de nous retrouver et de reformer un couple. Nous avions pendant toutes ces années pratiquement évolué en parallèle parce que nos trois enfants passaient avant tout.” Cette nouvelle manière de fonctionner parfaitement réfléchie et décidée en famille leur a permis de bien vivre le départ progressif des enfants et d’être préparés à la vie d’après. Car si pour beaucoup, cette dernière ne représente plus qu’un grand vide à remplir en attendant le passage des enfants à la maison ou l’arrivée des petits-enfants, elle peut également être perçue comme un tournant constructif et enrichissant. Une fois avoir fait de ses enfants des adultes responsables, se libérer de cette lourde mission peut-être soulageant. Il s’agit alors de réorganiser sa vie : pourquoi ne pas réaménager l’espace en transformant les pièces laissées vides par leur départ en un bureau, un atelier de peinture ou une pièce de relaxation ? Pourquoi ne pas réorganiser son emploi du temps en se découvrant de nouvelles occupations, en acceptant enfin de suivre une amie à son cours de yoga, en ralentissant le rythme, en s’inscrivant à un cours de danse ou de dessin ; ou en consacrant plus d’attention à son partenaire de vie ? Le moment est venu de penser à soi et d’entreprendre ce que, jusqu’à ce jour, on n’avait pas eu le temps de faire.
Retrouver l’autre Et puis il y a l’autre… Celui qui nous a accompagnée durant toutes ces années en veillant comme nous au bien-être de l’équilibre familial. Il y a à l’autre qui s’est un peu oublié dans ce long chemin et vers lequel il serait bon de se pencher, pour renouer avec le passé, retrouver ou reconstruire son couple… Souvent, ce sont un homme et une femme changés qui se retrouvent en face-à-face. Il arrive que ce bouleversement fasse remonter à la surface tous les problèmes conjugaux non résolus, ou que les enfants masquaient involontairement du fait d’être toujours prioritaires. Dans ce cas, certaines personnes, malheureuses dans leur couple, décident de se retirer de celui-ci pour le dernier tiers de leur existence. Néanmoins, la peur de solitude, la fatigue, l’appréhension de la vieillesse peuvent apporter une certaine forme de sagesse. L’acceptation de sa situation, lorsque celle-ci n’est pas insupportable, ne s’apparente aucunement à de la passivité, mais au contraire à une forme d’intelligence. Dans les couples amoureux, il est nécessaire de rallumer la flamme un peu fatiguée de la passion. Voyager, se redécouvrir, se confier à l’autre, sortir, faire de nouvelles activités culturelles, artistiques, en groupe ou à deux, sont autant de manière de réaménager sa vie et de remettre du piment dans son couple. Viendront ensuite les petits-enfants qui amèneront de nouvelles joies dans ces deux vies retrouvées. |