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EDUCATION :
Les jumeaux, une histoire double
Le côté 2 en 1 est plutôt pratique quand il s’agit de shampooing, alléchant lorsqu’on parle d’une promotion, mais quand le sujet n’est autre que deux petits chérubins ayant autant de points en commun que la date de naissance, les parents, les traits du visage et souvent même le sexe, il y a de quoi débiter une longue expression de béatitude.
Qui de nous n’est pas amusé de voir “une paire” de jumeaux se ressemblant jusque dans leurs vêtements… Phénomène naturel se transmettant par l’hérédité, les doubles se sont longtemps fait attribuer leur pesant de préjugés et d’intrigues. Aujourd’hui encore, passée l’euphorie déclenchée à l’annonce de la double nouvelle, les futurs parents appréhendent l’éducation de leurs jumeaux avec beaucoup d’incertitude. Faut-il les traiter comme une paire ? Les jumeaux seraient-ils un couple ? Ou faudrait-il plutôt les considérer comme étant des personnes distinctes histoire de cultiver leur singularité ?

Haro sur les idées préconçues
Des idées ancestrales forgées par des considérations dénuées de la moindre logique ont voulu que l’on habille les jumeaux de la même manière, qu’on les envoie dans les mêmes endroits. Bref, que l’on puisse les voir toujours ensemble… Besoin d’amuser la galerie, d’exhiber un double exploit ou simple conformisme.. Les parents ne se posent même pas de questions. Ils se contentent d’acheter en double, à peine font-ils un effort sur la couleur. “C’est comme si vous alliez demander une jeune fille en mariage ! Il faut tout acheter en double comme de coutumez, ironise Amina, maman de deux jumelles de douze ans.
“L’expérience a démontré que ceci est loin d’être bénéfique pour les enfants. Il faut au contraire, cultiver la singularité et l’individualité de chacun. Condition sans laquelle l’on ne leur laissera que deux places auxquelles ils devront obligatoirement se coller sans aucune autre alternative, celle du dominant et celle du dominé. Quand au contraire, chaque enfant est développé dans sa singularité et dans son individualité, le choix leur est donné d’être peut-être tous les deux des dominés, ou encore tous les deux des dominants. Le système sera différent”, explique Loubna Lemseffer, psychologue.

Un jumeau, une personne
ou la moitié d’une personne
Généralement, on parle de paire. Il est évident dans ce cas-là que pour l’école, les parents n’ont pas d’autres choix que de les mettre dans la même classe, voire dans la même table. Quoi de plus normal que de mettre les deux moitiés l’une à côté de l’autre ! “Les mettre dans la même classe, c’est ne leur laisser d’autres choix que d’avoir les mêmes cercles d’amis, d’intérêt. C’est aussi donner aux instituteurs l’occasion de faire même inconsciemment la comparaison. Il y en aura toujours et forcément un qui sera plus fort que l’autre, plus doué que l’autre pour quelque chose. Lorsqu’on leur donne la même éducation, il y a risque de faire de chacun la moitié d’une personne” concède Loubna Lemseffer. Pour leur permettre d’évoluer chacun dans ses propres spécificités et dans toute son individualité, une solution : “Je préconise qu’on les sépare avant les cycles importants”, propose la psychologue. Par cycles importants, l’on veut dire ; pas forcément pendant la maternelle, encore moins au CP qui constitue une étape assez sérieuse dans la vie d’un enfant. Le mieux, c’est donc de les séparer en moyenne section par exemple.

Jumeaux de sexes
différents,
éducation différente
Si les parents sont indubitablement tentés d’associer leurs jumeaux du même sexe comme s’ils étaient une seule personne et non pas un couple de deux personnes distinctes, la donne change complètement lorsque le couple en question est constitué d’un garçon et d’une fille.
“Il est dans notre culture de séparer le frère de la sœur, parce que la fille doit être comme ceci et le garçon doit être comme cela”, déclare Loubna Lemseffer. L’individualisation se fera donc illico presto, ce qui sera très avantageux pour ces jumeaux. Le problème de la paire ne se posera donc pas, encore moins le souci de la singularité. Mais ceci ne leur épargne pas non plus l’idée toute faite des rôles préétablis. “Les parents s’attendent par exemple à ce que la fille ait un rôle protecteur vis-à-vis de son frère, et ceci uniquement du fait qu’elle soit une fille. Un rôle imposé tout autant que ceux du dominant/dominé dans le cas de jumeaux du même sexe”, conclut la psychologue.o
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