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EDUCATION :
Bonnes notes l'école Faut-il payer ses enfants ?
Pour vous faire entendre, vous optez pour la solution de facilité : mettre la main la poche. Seulement, cette fois-ci, il s'agit de votre enfant, un être dont vous êtes responsable, un homme ou une femme en devenir et dont l'éducation vous incombe. En monnayant leurs actes, tentez-vous d'acheter leur adhésion au programme que vous avez établi pour eux ?
Devrait-on parler plutôt de paiement ou de récompense ? En le gratifiant matériellement, le traitez-vous comme votre enfant ou comme un prestataire de service ? Quelles sont les limites du cadeau et celles de la “corruption” ?
Éléments de réponses.
Dans une ère où le lucre a le vent en poupe, turpitudes et subtilités du parentisme se confondent pour aboutir un seul et même dessein : mettre toute votre “ énergie ” en œuvre pour que votre enfant ait de bonnes notes, pour qu'il range sa chambre, ou encore pour qu'il soit sage… Bref, pour en faire celui que vous aimeriez qu'il soit. Pour ce faire, la fin justifie les moyens, certes, mais la gratification matérielle peut tout aussi bien être un moyen d'initier votre enfant des actions dans lesquelles il glanera un peu d'autonomie et de responsabilité, comme elle peut s'avérer un moyen de pression redoutable et dont les conséquences long terme risquent tout bonnement d'être fâcheuses. Et les cas de figures dans ce sens abondent.

Qui dit gratifier, dit
également sanctionner

“Parce que ma fille a des résultats glorieux chaque examen, j'estime qu'elle a droit des cadeaux aux dimensions de ses notes”, confie Fouad, un papa fier. Payer son enfant pour qu'il ait de bonnes notes ou pour ranger sa chambre, les avis des parents divergent ce sujet, mais Assia Akesbi Msefer, fondatrice de l'Ecole Supérieure de Psychologie est claire : “Gratifier un enfant n'est pas négatif en soi, mais qui dit gratifier, dit également, sanctionner”. La gratification serait donc une sorte de sanction mais positive, si on partait d'une logique de punition. Elle s'explique : “Un enfant qui travaille pour obtenir un cadeau n'a rien voir avec un autre qui obtient cette bonne ou mauvaise note et qui la considère comme étant sienne. Si elle est bonne, la note en elle-même est suffisamment gratifiante. Si elle est mauvaise, il en tire une leçon et cela le pousse réfléchir et profiter de cette erreur”. Il est donc, important de considérer l'enfant au centre de ce qui lui arrive, de le percevoir comme acteur principal de la situation. Payer son enfant pour ses bons résultats reviendrait le sanctionner en cas de mauvaises notes. En d'autres termes : lui faire du chantage. “Je dis souvent aux parents : ne faites pas de chantage vos enfants, ni pour les notes scolaires, ni pour le pipi au lit,  car en leur faisant du chantage, on ne leur fait pas confiance, on ne cherche pas chercher les raisons qui sont l'origine de leurs difficultés, ce qui cause plus de dégâts psychologiques qu'il ne peut résoudre de difficultés rencontrées au quotidien”, concède Assia Akesbi Msefer.
Les enfants qui vont l'école parce qu'ils sont conscients des bénéfices qu'ils en récoltent, rassurez-vous, ils existent. Ils apprennent, établissent des contacts avec leurs amis, échangent… Une cohorte de faits qui animent leur vie d'enfants. Ceux, par contre, qui n'y vont que parce qu'ils y sont obligés, travaillent uniquement par peur de la réaction de ceux-ci en cas de mauvaise note. Et c'est l que la notion de sanction qu'elle soit positive ou négative énoncée précédemment prend toute son ampleur.

Promesses non tenues = confiance perdue

L'enfant est pris dans un engrenage, celui du “donner pour recevoir”. Il est donc amené promettre. L'école alimente la plupart des cas de figures :
“je lui promets une bicyclette s'il me promet d'être le premier de sa classe”, témoigne Ahlam, jeune maman d'un garçon de huit ans. Un vrai contrat, avec des parties, un objet, des clauses et une échéance respecter. Mais comme pour toute convention, il peut y avoir des dérapages. L'enfant promet quelque chose en contrepartie d'une autre, seulement, il se trouve des fois ou celui-ci est dépassé par ses difficultés et n'arrive pas tenir promesse. Les parents, eux non plus, ne sont pas l'abri d'une telle défaillance vis- -vis de leurs engagements. Résultat : une confiance mutuellement perdue. “Agir de la sorte, c'est ne pas prendre en considération les limites d'un enfant. C'est l'aimer d'un amour conditionné. Combien d'enfants croient que leurs parents cesseront de les aimer s'ils venaient devenir mauvais élèves...”, explique Assia Akesbi Msefer. Autant de situations alambiquées qui compliquent les rapports parents/enfants au lieu de résoudre les difficultés que les deux parties tentent de surpasser.
Qu'en est-il du cadeau ? “Offrir de l'argent son enfant, ce n'est pas le payer mais plutôt le récompenser. Un cadeau fait plaisir tout le monde. Qu'importe que ce soit une somme d'argent, un ordinateur ou un voyage !!”, objecte Soraya. “Je n'offre jamais un cadeau parce que mon enfant a réussi et je ne le punis jamais suite un échec. Les bonnes notes sont pour lui, et les mauvaises aussi.
De plus, une mauvaise note n'est jamais négative parce qu'elle a un aspect de la réalité et des limites très structurantes de la personnalité, par contre la culpabilisation dont font preuve les parents vis- -vis de l'enfant, elle, est destructive”, rétorque la psychologue.


“Maman nous proposait mes sœurs et moi de nous donner de l'argent si on s'engageait faire nos cinq prières de la journée. Il nous arrivait de prendre ce procédé pour un moyen de pression parce qu'on a cru que ma mère essayait de monnayer notre foi, mais plus tard, on a compris qu'elle tentait uniquement de nous accrocher cette manière d'être qu'est la prière. Quelque-unes d'entre nous ont gardé cette habitude, d'autres s'en sont défaites, mais elles y ont recours comme une bouée de sauvetage dès qu'elles en ont besoin”, martèle Meriem. Le docteur Mohammed Hachem Tyal, psychiatre, partage l'avis de notre témoin quant au bénéfice qu'un enfant puisse tirer d'une rétribution matérielle ; celui de l'initiation en quelque sorte, conformément la fameuse théorie des jetons. “La gratification renforce l'enfant dans son comportement pour que la fois d'après, il fasse bien les choses tout comme il les a faites plus tôt pour qu'il ait mérité cette récompense. L'intérêt c'est d'amener cette gratification matérielle devenir un autre type de gratification : la satisfaction d'avoir réalisé l'acte”. Avoir une bonne note parce qu'au départ l'enfant y a été encouragé peut, par exemple, lui faire connaître cette extase qui le poussera travailler lors de l'examen qui suivra.
“La gratification doit être la satisfaction d'avoir fait quelque chose et non pas ce qu'elle peut apporter de matériel par ailleurs. Mais au départ, pour initier quelque chose, ce moyen est louable la condition qu'il ne soit pas la seule modalité d'être et qu'il ne soit pas durable dans le temps”, explique  Docteur Tyal.
L'idée, c'est que ce genre de comportement ne glisse pas vers un “deal” implicite entre le parent et l'enfant, vers un principe systématiser, parce qu'il reste que toute peine ne mérite pas forcément salaire.o
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