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EDUCATION :
Gloire, étoile & paillettes. Mon enfant rêve d'être une star

Les rêves de gloire, de réussite, de paillettes effleurent bien souvent l’esprit des enfants. Mais si certains n’en font pas une fixation, d’autres vivent uniquement dans l’espoir de concrétiser leurs rêves. Cela peut même virer l’obsession. Comment gérer au quotidien ces passions parfois dévorantes ? Comment aider l’enfant ne pas se couper de la réalité ? Décryptage d’un phénomène de société.

A 13 ans, Réda a un seul rêve, devenir footballeur de renommée internationale, ressembler Zineddine Zidane ou encore Ronaldinio, devenir célèbre et adulé, susciter l’admiration et gagner beaucoup d’argent. C’est le but que l’adolescent s’est fixé dans la vie. Rien d’autre ne compte. Inscrit dans un club sportif, il ne manque jamais aucun entraînement. Le jeune garçon s’est imposé une discipline de fer. Courses d’endurance, exercices d’assouplissements, alimentation équilibrée...

Une vedette imbue de sa personne Fayrouz, maman de Ghali, 9 ans
Comme tous les premiers-nés dans une famille, et de surcroît, quand il s'agit d'un mignon petit garçon au milieu d'une poignée de tatas. La tendance est au narcissisme. Et oui, je peux le dire : nous avons fait de Ghali une petite vedette, extrêmement imbue de sa personne et croyant dur comme fer sa supériorité. Conséquence logique : il est convaincu qu'il est une star. il n'y a qu' voir sa façon de se tenir sur la chaise de son piano, sa façon de poser quand on prend des photos de famille, et sa manie de réclamer toujours plus que sa petite sœur qu'il dénigre au vu et au su de toute l'école. La fièvre de Ghali n'a rien voir avec la déferlante des Reality Show et autres phénomènes inhérents aux sociétés de consommation qu'elle transcende de loin. Pourtant, il n'a que sept ans. A vrai dire, mon fils est persuadé qu'il est tellement brillant qu'il devrait appartenir au monde des étoiles. Comprenez par l “des planètes grosses comme la lune et non pas des étoiles filantes”. Ce sont ses paroles.

Réda veut mettre toutes les chances de son côté, lorsque le moment viendra où un entraîneur remarquera ses performances. Le garçon néglige même ses études et vit toujours dans la perspective du jour où son rêve se réalisera. Amal a 14 ans et des rêves pleins la tête. Fan de l’émission Star Academy, elle suit les péripéties des hôtes du château des heures durant, connaît toutes les chansons et s’imagine déj sur scène, applaudie et ovationnée. Coupée de la réalité, la jeune fille s’est construite tout un roman dans lequel elle pense être l’héroïne d’un merveilleux conte de fées. Ces deux exemples révèlent le pouvoir magique de la petite lucarne. “Les parents ont un rôle jouer devant la télévision. Ils doivent mettre des mots sur ce qui se déroule dans une émission comme la "Star Academy" ou lors d'une coupe du monde de football, rappeler que ces jeunes ont du talent, de la chance et aussi beaucoup travaillé pour réussir. Bref ne pas laisser les petits téléspectateurs absorber toutes ces images sans recul”. Une petite mise en garde que les psychologues ne cesseront de rappeler, sans pour autant trouver d’échos auprès d’enfants obnubilés par une carrière exceptionnelle et hors du commun.

Mais qu’est-ce qui pousse donc ces enfants raisonner de cette façon, dédaigner les métiers traditionnels pour se projeter dans ces “métiers” de rêve ? Dr Ghizlane Benjelloun, pédopsychiatre, en défriche quelques pistes. Il y a l’enfant qui manque de confiance en lui et qui espère se valoriser aux yeux de son entourage grâce des rêves de gloire, celui qui veut s’en sortir d’une situation familiale défavorisée, et “ce qui est moins normal, c'est quand l'un des deux parents se projette lui-même dans le rêve de son enfant et s'en empare. L'enfant devient un objet que le parent va exhiber et un personnage qu'il va enrichir de ses propres fantasmes”, explique la spécialiste. En effet, quand l’un des parents pousse l’enfant dans une voie qu'il n'a lui-même pas pu ou su suivre, c’est toute l’existence du petit qui est volée pour combler ses propres frustrations. Les cas, dans cet ordre d’idées, sont légion et le plus dramatique, c’est lorsque l’enfant échoue “dans cette mission”. Toute son existence s’en trouve effondrée.

Un rêve de paillettes Malak, maman de Lounja, 12 ans
Lounja est un amour de fille ! Elle me remplit la vie. Avec elle, ça discute tous les jours de potins de stars. La vie intime de Paris Hilton, Lindsay Lohan, en passant par Julia Roberts et Robert De Niro, n'a aucun secret pour elle. Elle guette leurs moindres faits et gestes, et notre quartier Californien de Casablanca prend les couleurs de Beverly Hills. Ma fille est d'une grande intelligence. D'ailleurs, elle a toujours raflé la première place ses camarades de classe sans qu'on y soit, son père et moi pour quoi que ce soit, et sans qu'elle donne l'impression de souffrir la maison force de préparer ses devoirs. Mais ce qui m'inquiète, c'est qu'elle est viscéralement convaincue qu'elle sera une star, tellement que je crains qu'en ne réussissant pas le devenir, le monde s'écroule autour d'elle de manière définitive. Depuis longtemps déj , elle a complètement écarté l'alternative de faire quelque chose qui échapperait au domaine du Star System. De mon côté, je l'encouragerai fortement devenir actrice, seulement, je conçois que ce qui l'anime, c'est seulement ce rêve de paillettes, de célébrité et de gloire qui accompagnent l'art.

Mais il arrive aussi que l’enfant concrétise son rêve. Mais, pour ce faire, que d’énergie, de travail et d’assiduité, il doit déployer pour arriver ses fins.
“Il ne faut pas laisser les enfants croire qu'on réussit d'un coup de baguette magique comme la télé. Il doit fournir l'effort nécessaire la réalisation de son rêve pour pouvoir goûter la saveur du rêve réalisé”, insiste la pédopsychiatre. Le rêve, devenu alors un véritable objectif personnel, ne doit nullement conduire l’enfant se désintéresser de ses études. “Il faut expliquer l'enfant qu'il a besoin d'un minimum de bases pour mener sa vie et que, vu toute l'énergie qu'il est capable de déployer en sport, en danse ou ailleurs, il peut bien en économiser une petite part pour son instruction”, assure pour sa part cette éducatrice qui côtoie depuis 25 ans des enfants. “Avant, les métiers traditionnels avaient la cote auprès des petits. Ce n’est plus le cas aujourd’hui”, se désole-t-elle. Ce n’est pas l’avis du Dr Benjelloun qui estime, quant elle, que l’idéal pour les enfants demeure toujours le métier de papa.
Phénomène de société ou effet de mode ? En fait, analysent les psychologues, rares sont les enfants qui s’accrochent un rêve irréalisable. Même si, un âge précoce, l’enfant ne connaît pas ses limites, il est essentiel, rappelle Dr Benjelloun, de “ne pas continuer l'encourager foncer droit dans le mur. Il faut pouvoir, sans le blesser, lui expliquer les états de fait et lui montrer des domaines de compétences où il peut briller”.
Ce rêve de star persiste, de ce fait, rarement la fin de l’adolescence, explique la pédopsychiatre. Mais si c’est le cas, et “qu'il correspond aux capacités et compétences de l’enfant, il faut ce moment-la l'encourager et l'aider sans se substituer lui”. Pour grandir et mûrir, l’enfant a besoin de rêver, de se construire un monde imaginaire. C’est dans ce sens que les activités parascolaires peuvent contribuer l’épanouissement de l’enfant, tout en lui permettant d’explorer différents domaines d’expression. Une belle manière de vivre en harmonie avec soi et de prendre pied avec la réalité.
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