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EDUCATION :
Petites guerres entre
frères & soeurs

“Je t’aime. Moi non plus !”

Pourrait bien être la devise de ces frères et sœurs
qui se jalousent.
Angoisse de l’abandon paternel, course à la
rivalité…Toutes les
excuses sont bonnes pour justifier un sentiment
vieux comme le monde. Décryptage.

Dans un monde parfait, tous les frères et sœurs s’entendraient à merveille, se prêteraient volontiers leurs jouets, se soutiendraient, s’aideraient les uns les autres à faire leurs devoirs… Dans un monde idéal, les frères et sœurs ne se feraient jamais de mal, s’aimeraient sans condition et ne reprocheraient jamais à leurs parents de faire du favoritisme.  Mais il n’en est rien. L’histoire même de l’humanité n’a-t-elle pas commencé par un fratricide ? Autant les récits sacrés que mythologiques ont relaté ces sempiternelles histoires de jalousie entre frères et sœurs. Hollywood lui, s’est chargé de faire l’anthologie des interactions entre frères et sœurs sous toutes les coutures.  Et pour cause ! Chacun de nous, a grandi avec un vécu dans lequel s’est inscrite inéluctablement à l’encre fin, une histoire le plaçant d’emblée sur l’un des bancs : celui des favorisés ou alors des laissés pour compte. Cette histoire, c’est celle de la place occupée par chacun au sein de sa fratrie. 

Interaction constructive
Le conflit est d’autant plus conséquent qu’au Maroc, le cas de l’enfant unique est très rare, selon Assia Akesbi Lemseffer, psychologue et fondatrice de l’école de la Psychologie à Casablanca. Et d’ajouter, “inévitablement, l’enfant évolue dans une fratrie et tant mieux. Evidemment, cela a des aspects négatifs qui dérangent autant les parents que les frères et sœurs, mais la fratrie a aussi énormément d’aspects positifs dans le sens où les enfants font leur apprentissage de la socialisation au sein de cette même fratrie”. Ainsi, la personnalité d’un enfant se constituerait  à travers ses interactions avec ses frères et sœurs. “Les aînés par exemple, nous le savons, deviennent des substituts parentaux dans notre société. Cela a un côté protecteur mais aussi aliénant, empêchant le plus jeune de grandir et de s’autonomiser. L’expérience nous apprend également que les aînés, une fois détrônés par les cadets, modifient leur attitude. On sait aussi que les cadets ont besoin de se faire une place de manière beaucoup plus affirmative, usant pour cela de tensions et de beaucoup de ténacité” explique Assia Akesbi.
Dans une fratrie, les enfants s’éduquent donc, en fonction de ce qui est reproché ou de ce qui est valorisé chez leurs frères et sœurs, et non pas uniquement à travers la relation parent/enfant. Aussi, la place que l’on occupe dans une fratrie en est pour beaucoup dans la construction de la personnalité de chacun de nous. Ainsi, Alia qui est venue après trois garçons n’a pas eu la même éducation que sa copine Rym cadette d’une fratrie de deux filles par exemple. “C’est cette fameuse place qui détermine la plupart de nos actes quotidiens. Lorsqu’on arrive, par exemple, dans un lieu, la place que l’on y occupera n’est pas étrangère à celle que l’on occupe au sein de notre fratrie. Si par exemple, vous êtes l’aîné et que vous en êtes content, vous allez chercher à occuper les premiers rangs. Si par contre, cette place d’aîné vous pèse plus par des responsabilités que par des avantages, vous allez essayer de vous en défaire et occuper le milieu de manière à être moins repéré”, avance Assia Akesbi. Il y a donc la place occupée au sein d’une fratrie, et puis, il y a le vécu de cette place. Et ces deux facteurs en sont pour beaucoup dans la position que nous cherchons à occuper socialement.  

Nouveau-né, nouvelle donne
Quinze ans après, Nazik se rappelle encore, entre amusement et horreur, de cette scène sur le balcon, lorsqu’elle a surpris Amine, son fils aîné, sur le point de lâcher dans le vide sa cadette d’à peine quelques mois. Pas étonnant que cette petite souffre encore aujourd’hui, d’acrophobie. Deux années durant, leurs parents ont dû payer le service d’une nounou pour guetter les pulsions meurtrières de leur rejeton vis-à-vis du nouveau-né.  La jalousie est en effet, tout ce qu’il y a de plus classique à l’arrivée d’un nouvel enfant. nouvelle constitution pour ne pas dire reconstitution de la famille, nouvelle distribution des rôles… De quoi modifier radicalement les rapports entre tous les protagonistes. Et pour cause ! L’enfant précédent, après avoir été le chouchou de ses parents durant une période, se voit spolier toute l’attention à laquelle ceux-ci l’ont habitué, par cet autre qui n’est pas lui, débarqué d’il ne sait où. Se sentant classé, abandonné, cela l’angoisse et alimente sa jalousie.  Cette inquiétude, les parents devraient savoir l’écouter, la détecter, d’après Assia Akesbi. Ecouter les aînés les aide à s’exprimer et aide les parents à discuter de cette nouvelle situation où chacun cherche à occuper une place en fonction du nouveau-né. Aux parents alors de bannir les phrases assassines du genre : Tu n’as pas à être jaloux ! bien au contraire, ils ont toutes les raisons de l’être. “Malheureusement, très souvent, la plupart des parents chargent les aînés de contraintes telles que celles de devoir donner leurs jouets, leurs vêtements aux plus jeunes. Or, un enfant a besoin de sentir qu’il gagne quelque chose avec l’arrivée de nouveau-né ; un sens de la responsabilité par exemple, une nouvelle relation avec les parents qui le favorisent en disant : avec toi, je peux parler. On peut se raconter des blagues, ce qui n’est pas le cas avec ton petit frère qui ne risque pas de me comprendre !” Préconise Assia Akesbi.
La jalousie dans une fratrie, c’est aussi une affaire d’âge. Ainsi, chaque tranche d’âge a ses interactions, ses difficultés, ses frustrations et ses sentiments d’injustice. Les conflits persistent même après le mariage. Les frustrations que l’on ressent dans le milieu professionnel par rapport à nos pairs et notre course effrénée à la rivalité ne sont généralement que la résultante de séquelles liées à la position que l’on a occupée au sein d’une fratrie.o

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